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Lettre à Shira du cours: "Qui a peur des maladies mentales?"

24/03/22,


Bonjour Shira,


Comment ça va ? J'écris cette lettre à la suite de de mes lettres précédentes.


Dans ma lettre précédente, je t’écrivais que depuis que j'avais commencé à suivre ce cours, j'avais traversé une période intense dans le domaine de la connaissance de soi, comme je ne m'en souviens pas de semblable. J'ai résolu des conflits que je n'aurais jamais imaginé résoudre un jour. J'ai aussi compris des choses qui me semblaient que je ne comprendrais jamais. Et j'ai découvert que je pouvais faire des choses très simples, mais sur lesquelles je me disais: « Tout le monde sait faire ça, mais moi _non ! Et je ne le saurai jamais.


Eh bien, dans ma présente lettre, je compte te dire de quoi il était question exactement.


Tout d'abord, je veux te dire que la période par laquelle j’étais passé n’était rien qu'un sommet parmi d‘autres dans le processus de rétablissement de la maladie mentale dont j'ai souffert.


L'une des choses qui m'a le plus aidé, c'est d'avoir écrit un blog sur ma maladie mentale.


Comment l’écriture mon blog m'a-t-elle aidé ?

Lorsque certains problèmes mentaux vous dérangent, tu te dis innocemment à toi-même et aux autres : "Comment je n’arrive pas à résoudre ce problème, alors que je n'arrête pas d'y penser !". Mais en fait tu te trompes : tu n'y réfléchis pas vraiment : les problèmes te harcèlent en permanence, et tu rabâches obsessionnellement les mêmes pensées, sans que cela résolve quoi que ce soit.


Exemple:


Depuis 1988, l'année où ma femme m'a quitté et a demandé le divorce, après qu'elle m'a fait vivre le pire pendant notre mariage, alors que je ne lui avais montré que de l'amour.


Depuis lors, j'ai été perturbé par des pensées obsédantes telles que:

- Qu'ai-je fait de mal?

- Comment mon putain de caractère (passe moi l’expression) l'a fait s'éloigner de moi, et petit à petit me détester de plus en plus ?

- Pourquoi étais-je si naïf et faible envers elle ?

- Est-ce que je ne l’ai pas trop aimé ?

- Comment aurait réagi un homme digne de ce nom s'il avait été traité de la sorte ?

- Si je m’étais comporté envers elle comme un macho, peut-être qu'elle m'aurait mieux traité ?


La différence dans un blog (ou un journal) est que je pose des questions comme celles-ci par écrit, et je suis obligé de leur donner des réponses une fois pour toutes, et ainsi elles ne me dérangent plus. (Au fait, en ce qui concerne l'exemple que j'ai donné : l'histoire avec mon ex-femme, je ne l'ai pas encore mise en ligne sur le blog, et effectivement c'est encore un conflit que je n'ai pas résolu.)


A propos de mon blog :

Mon blog comprend actuellement 180 pages qui font en réalité 180 * 3 = 540 pages, car tout ce que j'écris en hébreu, je le traduis en français, ma langue maternelle et en anglais.


Voici les adresses des trois versions de mon blog :

Français : yossipatt.fr

Hébreu : yossipatt.com

Anglais : yosipatt.com


Comment lire le blog ?

Le blog est organisé autour d'un journal, qui comprend des posts. Chaque post est autonome (vous n'avez pas besoin de lire les autres posts avant de le lire). Le lecteur peut choisir dans le titre les posts qui sont susceptibles de l'intéresser.


De plus, il existe une liste de mots-clés en vert, classés par ordre alphabétique, qui l'aident dans sa recherche. Par exemple, si l’on clique sur le mot-clé : "anxiété", on obtient une liste de tous les posts dans lesquels ce mot apparaît.


Si la lecture du blog t’intéresse, je te recommande particulièrement les posts suivants : (Tu peux cliquer sur l'une des deux lignes suivantes pour ouvrir le post)

Comment faire face à certains problèmes de la vie?

Qu'est-ce qu'un bon thérapeute et un bon patient?


De quels problèmes ai-je souffert ?


Je me présente en quelques mots : Je m'appelle Yossi Patt. J'ai 65 ans, je suis Israélien d'origine française. Je suis un ingénieur informatique à la retraite.


J'ai arrêté de travailler à 49 ans suite à une dépression sévère et un bref épisode psychotique (j’étais tout simplement devenu fou), j’ai été diagnostiqué comme schizo-affectif. (Le trouble schizo-affectif est un état de santé mentale chronique caractérisé principalement par des symptômes de schizophrénie, tels que des hallucinations ou des délires, et des symptômes de troubles de l'humeur, tels que la manie et la dépression.)


Je m'en suis sorti. Ce n'a pas été facile, mais c'est possible. Et comme on comprend beaucoup de choses quand on parvient à sortir de la dépression et de la schizophrénie, on devient plus fort : plus fort que quiconque n'a jamais souffert de tout cela. Freud disait : "Le déprimé sort plus fort que sa dépression" (entre nous, et à mon avis, Freud, malgré sa grandeur incontestée, a aussi écrit beaucoup de bêtises).


Comme quand une chose est vraie, elle a été dite par beaucoup de gens, célèbres ou non, Nietzsche disait : Ce qui ne tue pas te rend plus fort. Toute ma vie j'ai été considéré et j'étais vraiment quelqu'un de complexé, avec un comportement inadapté en société, d'une timidité maladive (je n'avais presque pas d'amis et j'avais peur de mon ombre), déprimé avec ce qui l'accompagne : fatigue chronique, insomnie, difficulté à être actif, procrastination , qualifié de paresseux par ceux qui ne me comprenaient pas. Quand je parle de ceux qui ne me comprenaient pas, je m'inclus moi-même parmi eux. Je me disais : "Si les gens disent tout ça sur moi, c'est qu'ils ont probablement raison !". (Auto-stigmatisation)

Je n'arrive pas à y croire : aujourd'hui je ne suis plus timide, j'ai beaucoup d'amis, j'ai beaucoup d'activités et je ne suis pas fatigué. Je n'ai qu'une envie aujourd'hui, c'est d'aider les gens qui sont dans la même situation que celle où j'étais dans le passé.


Quelles sont les principales choses que j'ai réalisées ces dernières années, dont le point d'orgue a été votre cours ?

Je diviserai ce sujet en deux :

1) Comment je voyais le monde avant ?

Dans le passé, je m’imaginais que la société était divisée en deux : d'une part, les gens "normaux" et de l’autre les "malades mentaux".

Pire, d'une part "les autres", qui formaient une sorte de grande mafia, dans laquelle tous étaient amis entre eux, et de l'autre "moi, Yossi Patt", qui était la risée de tout le monde.

2) Comment est-ce que je le vois aujourd'hui ?

Il me semble qu'il n'y a pas une telle chose comme des "malades mentaux". Tous les êtres humains ont une âme, comme ils ont un cœur, des poumons, des jambes et des bras, etc. Leur cœur, leur poumon, leurs jambes et leurs mains sont tout le temps plus ou moins en bonne santé. Et de même qu’ils peuvent en tomber malades, ils peuvent aussi en guérir.


Comment expliquer l'histoire de ma "maladie mentale". Comment je pense que je suis devenu timide, déprimé, rêveur, et de là à la folie, il n’y avait qu’un pas ?


Je ne sais pas si je peux déduire de mon cas à tous les malades mentaux, mais à mon avis, tous les êtres humains peuvent une fois souffrir des problèmes dont j'ai souffert.


Ça m'est arrivé quand mes parents m’ont appris à lire afin de me faire passer directement de la maternelle au cours élémentaire. Là, tous les élèves avaient un an de plus que moi à cet âge, un an c'est beaucoup. En plus de ça, tout le monde se connaissait parce qu'ils avaient passé ensemble le cours préparatoire. De plus, je ne connaissais personne et je n'avais pas d'amis. Ils se moquaient de moi en tant que "le génie qui avait sauté une classe". Le problème s'est aggravé quand j'avais 12 ans, et que j'ai immigré en Israël où j'ai dû faire face à l'apprentissage d'une nouvelle langue et d'une nouvelle culture.


Je ne comprenais pas mes camarades => Ils se moquaient de moi => j'essayais désespérément de les imiter pour avoir l’air de "faire partie de la bande" => je me rendais ridicule => les enfants se moquaient encore plus de moi => je prenais alors le parti de me taire une fois pour toutes (je suis devenu timide, et incapable de me défendre) => la société me marchait dessus et m'écrasait => Je suis devenu dépressif . De plus, comme je vivais seul et sans amis, ou avec un seul ami, je me suis construit mon propre monde intérieur (Je suis devenu rêveur), jusqu'à ce que je fasse finalement des choses hallucinantes, comme celle que de menacer mon beau-frère avec un marteau en 2005.


Comment me suis-je sorti de tout ça ?


C'est une longue histoire. Je résume cela dans le post suivant :


Comment suis-je sorti de la dépression et ai-je rempli ma vie de contenu ?

Tout ce que je peux dire, c'est qu'en cours de route, j'ai brisé beaucoup de mythes que la société m'avait inculqués et que je m’étais inculqué à moi-même. (Stigmatisation => Auto-stigmatisation)


Prenons juste un exemple : "Comment peux-tu dire de toi que tu es fatigué alors que tu ne fais rien de la journée ? Tu es tout simplement paresseux !"


Eh bien, vous pourriez être surpris, mais j'étais vraiment fatigué, très fatigué.

Jusqu'à il y a quelques années, je passais mes journées dans mon lit ou je regardais seulement la télévision sans comprendre ce qu’il s’y disait.


Aujourd'hui je:

- Fais un cours pour améliorer la mémoire.

- Apprends l'anglais 3 fois par semaine.

- Apprends l'arabe deux fois par semaine + tous les jours, une heure de devoirs.

- Suis des cours de piano une fois par semaine + tous les jours, une heure de devoirs.

- Participe à des activités annexes. Par exemple, je suis actuellement un cours à la Faculté de médecine sur "Qui a peur de la maladie mentale?"

- Vais à mon club social deux fois par semaine.

- Vais à mon cours d'échecs une fois par semaine

- Vois ma famille.

- Suis actif dans plusieurs groupes sur Facebook, réponds aux messages et écris mes propres messages.

- Écris des articles sur mon blog.

- Rencontre une fois par semaine mon coordinateur de soins.

- Rencontre ou appelle des amis.

- Fais tout ce qu'une personne saine et normale fait.

- .................................................. ...


Et je ne suis pas fatigué du tout !


En plus de ça, j'ai découvert sur moi-même des choses que je n'aurais jamais imaginé pouvoir faire comme :

- Me faire des amis.

- Parler en toute confiance, sans faire d’erreurs et même devant un public.

- Avoir confiance en moi. J'avais l'habitude de penser que la confiance en soi était de la vanité. J'ai réalisé que non seulement ce n'était pas vrai. Mais que la première était tout le contraire de la seconde. Si quelqu'un éprouve le besoin de se vanter, c'est justement parce qu'il n'a pas confiance en lui.

- Me pardonner. Aujourd'hui, j'ai écrit à ma sœur sur WhatsApp : "J'ai remarqué que si tu savais exiger le maximum de toi-même et te pardonner quand tu fais une erreur, tu savais également comment le faire pour les autres."


Je suis toujours aux prises avec des problèmes :

Par exemple, je suis accompagné par la peur d'être fou ou de devenir fou. Je n'arrête pas de me demander : "Je veux bien être OK, mais que faire si les autres ne le sont pas ?"


A cela je réponds : Non ! Tu n’es pas fou. Contrairement au passé, tu es maintenant accepté par les gens et tu le constates tous les jours, et pour ce qui est des autres, alors comme on dit :


Soit OK. Et tu verras :

- Tout le monde sera OK.

- Tout sera OK.


Merci, Shira, d'avoir lu mes lettres.

Bravo à toi et à tous les autres membres de l'équipe pour la préparation et la gestion de votre cours.


Je te souhaite le meilleur ;

Yossi

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